Biopythos : du vin dans la porcelaine

Quand un client sollicite un entrepreneur pour créer de nouveaux produits, le marché potentiel semble avéré. Reste à transformer l’essai, comme le montre l’histoire de Biopythos, une entreprise qui produit des jarres de porcelaine pour l’élevage des vins.

Tout commence donc avec un commercial qui vend des jarres de terre cuites à des vignerons désireux d’élever leurs vins sans leur ajouter les tanins des fûts de chêne. Ce procédé permet demieux respecter le caractère des vins et garantir leur fraîcheur. Cette tendance se développe assez rapidement dans le microcosme des vins bio, biodynamiques ou nature. Las, les jarres ou amphores sont fabriquées artisanalement, parfois en Italie. Difficile de garantir aux vignerons les approvisionnements en contenant, tout comme la régularité de la qualité du produit, qu’il s’agisse de sa porosité et donc du rythme de l’oxygénation du vin, ou du relargage d’éléments chimiques par le contenant.

Face à ces problèmes, le commercial a l’idée d’aller à la rencontre d’ingénieurs de l’ENSIL-ENSCI de Limoges, école spécialisée dans la céramique et s’appuyant sur la riche tradition porcelainière de la capitale limousine. Ne serait-il pas possible de faire des amphores et des jarres en porcelaine ? puis d’industrialiser le process pour satisfaire ce nouveau marché avec une production régulière en qualité comme en quantité ?

C’est ainsi qu’en 2015, deux ingénieurs proposent à Michaël Lesvignes, qui vient juste d’être diplômé de la même école, de s’associer à eux et prendre la direction opérationnelle du projet. Celui-ci est accompagné par l’AVRUL, incubateur local. Il faut alors mettre en place l’aspect technique du produit, puis sa production. Particularité : les porcelainiers n’ont pas l’habitude de réaliser des grands contenants. Il faut s’assurer que les jarres de 500 litres proposées aux vignerons disposeront des qualités mécaniques et notamment de la solidité, nécessaires.

Pour Michaël, cette période correspond aussi à un approfondissement des notions commerciales et de gestion des entreprises. Fin 2016, l’entreprise est créée sous le nom de Biopythos. L’ambition est de concevoir des contenants adaptés aux attentes des vignerons, puis de développer une unité de production en propre. Dans un premier temps, les prototypes sont réalisés par un porcelainier. Une fois les produits jugés satisfaisants d’un point de vue technique, des vignerons les utilisent pour un premier élevage qui aura valeur de test. Pour l’instant, la porcelaine semble n’avoir que des avantages : moindres relargages que la terre cuite, grande inertie thermique, nettoyage plus facile que les barriques de bois et plus grande durée de vie. Début 2018, Biopythos s’installe dans des nouveaux locaux qui lui permettront de produire elle-même ses produits. Pour l’instant, la gamme comporte deux jarres, l’une de 500 litres, l’autre de 225 litres et deux « œufs » de 20 et 25 litres. Noblesse de la porcelaine, pureté des lignes des jarres, forme harmonieuse des œufs, les produits de Biopythos visent ouvertement à allier l’esthétique à la fonctionnalité. Au point d’intéresser des établissements en C.H.R. pour en faire des éléments de décor de bars.

Côté vignerons, Biopythos compte quelques références, dont un domaine de Pineau des Charentes et un accord avec une institution bordelaise pour comparer l’élevage du vin dans ses contenants avec celui réalisé dans les contenants habituels (bois, inox ou cuves en ciment). Reste maintenant à se faire mieux connaître du milieu des vignerons, notamment bio, pour passer à une véritable production industrielle, sachant que des gisements de développement existent aussi hors de France.

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