Qui se cache derrière Wonder Woman ?

La première des super héroïnes est de retour. Pas seulement dans une nouvelle exploitation cinématographique de la licence, mais dans les œuvres d’une artiste contemporaine qui dévoile tout le potentiel de cette figure féministe.

 

La route qui a conduit Carole b., jeune artiste française à Wonder Woman n’est pas la plus directe. Elle vaudrait bien un biopic. Un début de carrière dans l’esthétique, comme praticienne puis formatrice, des missions au Club Med font voyager Carole. Elle prend goût aux découvertes, au point de partir à l’aventure en Amérique Latine avec sa sœur, toutes deux munies de leurs sacs à dos, puis à vivre pendant trois ans en Nouvelle Zélande. Aux personnes rencontrées sur place qui s’étonnent de sa nationalité française alors qu’elle est noire de peau, elle répond sur ses origines antillaises par une courte leçon d’histoire. Et découvre que ce qui va de soi pour elle demeure une énigme pour d’autres.

L’artiste à l’oeuvre

Passez par la case prison

De retour en France, elle forme des détenues, pour les aider à retrouver un travail après leur incarcération. Carole réalise alors que même dans le milieu carcéral l’inégalité règne entre les hommes et les femmes : les prisons pour femmes étant moins nombreuses, celles-ci sont souvent internées plus loin de leur famille, qui d’ailleurs coupe plus souvent les ponts avec elles qu’avec les hommes. Les formations proposées pour préparer le retour à la vie extérieure sont aussi moins nombreuses, avec moins de places.

Pour Carole, ce nouveau travail est prenant. Pour se donner de l’air et équilibrer son investissement psychologique, la jeune femme renoue alors avec une pratique abandonnée pendant les études et son début de vie active : la création artistique. Ce qui lui donne la force nécessaire pour poursuivre. Malgré le succès de ses formations et son implication dans le travail, l’administration ne lui propose qu’une succession de CDD et de temps partiels.

Choisir sa voie

Vient le temps du doute : pourquoi faire un job alimentaire, même avec une utilité sociale, si c’est pour mal en vivre et renoncer à ce qui est vraiment en elle ? Carole saisit l’opportunité de la fin d’un contrat pour se lancer à plein temps dans l’art. Pour exprimer sa décision de s’assumer comme artiste, la jeune femme réduit son nom à son initiale et signe ses œuvre Carole b.  Première exposition et la première récompense sous forme de prix. D’autres suivront. La jeune artiste autodidacte se concentre sur une technique, le découpage-collage, qui la fascine. Prenant des feuilles de couleurs différentes, elle recompose des images qui acquièrent ainsi un relief.

Chaque nouvelle œuvre est l’occasion de parfaire sa technique et surtout de lui apporter des éléments nouveaux. Son goût la conduit vers le Pop art. Elle y voit à la fois une esthétique toujours contemporaine et la possibilité de faire porter aux œuvres un message d’autant plus fort que leur composition est simple.

Carole b. revisite ainsi différentes figures historiques, dont Napoléon et Joséphine de Beauharnais, celle-ci dans un tableau nommé « la Compagne Créole », qui interroge avec malice les rapports de la culture française avec les femmes et les Antilles. Elle s’inspire aussi de l’action du mannequin libérien, Dedded Howard et rend un hommage soutenu à sa démarche destinée à rendre « visibles » les minorités.

Mais le coup de génie arrive avec la figure de Wonder Woman. Celle-ci inspire Carole b. comme héroïne féminine défiant l’injustice machiste, mais pas seulement. L’artiste découvre qu’un jeu sur les couleurs peut transformer le message sans changer l’image. Elle réalise donc une Wonder Woman avec les couleurs de la propagande soviétique.

Hommage au personnel soignant

WonderMarianne

Si Wonder Woman, avec son regard fier, son petit sourire de défi et la sérénité de son front peut assumer différentes causes, pourquoi ne pas en faire une nouvelle Marianne universelle ? Bleu, blanc, rouge bien sûr, mais en renouvelant la devise de la République française en Liberté, Egalité, Féminité, à découvrir dans son expo printannière, du 4 mai au 27 août 2018, à la bibliothèque Chaptal, 26 rue Chaptal Paris 9.

Loin des outrances de certains mouvements, Carole b.  s’engage pour un féminisme intelligent et respectueux de l’autre, comme elle l’explique aux enfants des écoles venus visiter son exposition à Villennes-sur-Seine. Ce qui la surprend et la ravît, c’est que tous connaissent Wonder Woman. Celle-ci échappe au temps et au lieu. Carole b.  la voit bien incarner tous les justes combats de la dignité de la femme sur tous les continents, avec déjà plein d’idées en réserve.

Pour l’instant, Carole b.  poursuit son œuvre et prépare aussi une série de variations autour de sa Wonder Marianne, utilisant la technique du du pochoir. Le rendu est impressionnant, faisant de ses œuvres des affiches de propagande touchées par la grâce de l’art et de la contemporanéité. Quand vous croiserez ces affiches de Wonder Marianne dans la rue et les réseaux sociaux, vous saurez déjà qui se cache derrière Wonder Woman.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *