Thomas Morel : « cogne-dessus, c’est pas ton père ! »

Fondateur des Cognées, la première salle de lancer de haches ouverte à Paris, Thomas Morel pourrait reprendre à son compte cet encouragement entendu dans une salle de boxe par Antoine Blondin. Une autre façon de dire qu’entreprendre c’est d’abord persévérer. 

 

Loin des haches et du défoulement jubilatoire de leur lancer, Thomas a d’abord créé une start-up nommée Yoobo, construite avec les éléments identifiables du succès contemporain : le nom drôle qui signifie quelque chose en mélangeant phonétiquement anglais et français, un service destiné à une clientèle jeune et consommatrice, en l’occurrence les soins de beauté et bien sûr, les prestataires indépendants, ici les professionnels de la beauté. La plateforme aurait donc pu devenir le Uber du secteur.

Un échec formateur

Lancée en 2014 en même temps que six ou sept concurrents sur le même marché, Yoobo décolle suffisamment pour référencer des indépendants et servir des clients. Mais pas assez pour arriver à l’étape de la-levée-de-fonds-qui-change-tout. Thomas y acquiert une solide première expérience d’entrepreneur, mais se voit obligé de mettre fin à une aventure qui ne peut le faire vivre.

Vient le temps de l’introspection : doit-il retrouver un job salarié, revenir dans le conseil en restructuration, où il avait fait ses premières armes après l’EDHEC, ou créer une nouvelle entreprise ? Le goût de la liberté l’entraîne du côté de l’entrepreneuriat. Plus question de revenir dans des bureaux, sous la pression d’une hiérarchie et dans la dilution des responsabilités. Thomas préfère être pleinement responsable de tout ce qu’il fait et en assumer les conséquences.

 

Ce qui arrive très vite puisque l’aventure Yoobo a consommé ses droits au chômage et le laisse sans ressources. Le temps de penser son nouveau projet et de le mettre en œuvre, il vit donc d’expédients. Presque une année à dormir chez des amis et à sous-louer son appartement, Thomas fait l’expérience de repartir de « zéro ». Lisant autant de livres sur l’entrepreneuriat et le leadership qu’il peut, il retient de cette période la phrase de Churchill : « When you are going through hell, keep on going. »

Thomas réalise alors qu’il existe deux modèles de création d’entreprise : la start-up qui consomme du cash et des levées de fonds successives jusqu’au moment où elle consolide son développement ou l’entreprise frugale gérée en bon père de famille. Malgré sa jeunesse, Thomas se reconnaît plus dans ce second modèle. Exit donc la tech, dont le besoin de nouveauté et de recherche consomme les capitaux, bonjour le commerce local, son implantation dans le quartier. Reste à trouver une activité assez agréable pour avoir envie de faire tourner la boutique tous les jours.

Importer une idée nouvelle

A force de lire tout ce qui se crée de nouveau au pays où se lèvent les idées de l’autre côté de l’Atlantique, l’entrepreneur découvre les salles de lancer de haches. Originaires du Canada, celle-ci se répandent assez vite dans l’ensemble du monde anglo-saxon. Comme il n’en existe pas encore en France, Thomas en parle à deux amis entrepreneurs. Ceux-ci ont non seulement l’avantage d’avoir une expérience d’entrepreneuriat un peu plus longue que la sienne, mais aussi d’être actifs sur le marché de l’escape game, dont la clientèle est proche de celle du lancer de hache. Ils s’associent donc tous les trois pour créer les Cognées.

Celui qui réussit, ce n’est pas le premier qui a l’idée, c’est le dernier qui reste debout sur le ring !

Thomas Morel

Encore faut-il trouver un local assez haut de plafond, avec un loyer peu élevé, tout en étant situé  dans Paris. Thomas trouve son bonheur du côté de Barbès-Rochechouart, rue Stephenson. Reste à convaincre un assureur. On imagine les dialogues :

« – quel est le risque à couvrir ? – Aucun, les clients lancent des haches sur une cible. » Après quelques refus polis, Thomas trouve son bonheur : « finalement, au milieu des nons, il y a toujours quelqu’un pour dire oui : propriétaire de local, banque, assurance… » conclut-il dans un sourire.

Do it yourself

Pour l’aménagement de la salle, les associés restent sur leur idée de frugalité. Thomas est assez grand et costaud pour devenir bricoleur, quitte à se taper quelquefois sur les doigts. Le voilà qui fait les travaux, dort parfois dans la salle pour gagner du temps. Le sourire qu’il affiche aujourd’hui à l’évocation de ces moments témoigne en faveur du « do it yourself ».

Les cognées ouvrent donc en octobre 2017. Un premier article dans Merci Alfred attire les curieux, clients et journalistes. Rapidement, la salle atteint sa vitesse de croisière. Les clients sont accueillis par de jeunes instructeurs qui leur expliquent les règles de sécurité, puis la technique de lancer. Au bout de quelques minutes, les haches se plantent dans la cible. Chaque équipe peut choisir ses règles pour se lancer des défis et des mini compétitions. Ou tout simplement continuer à lancer les haches en se changeant les idées pendant une heure.

Rêver plus grand

Les Cognées ne proposent ni alcool ni nourriture. Vous pouvez apporter votre pique-nique ou suivre l’exemple de Thomas qui prend ses repas dans les cafés environnants et ainsi découvrir quelques adresses à l’accueil chaleureux.

La pertinence du modèle est maintenant démontrée, avec 40% de la clientèle d’entreprises,  qui viennent pour faire de la cohésion d’équipe. De quoi nourrir l’ambition d’ouvrir une dizaine de salles en France, en les détenant en propre et en recrutant des gérants. Cette fois, il faudra faire appel à un financement bancaire… une question de persévérance encore.

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